Un « no man’s land » breton au coeur de paris : la Mission bretonne

Par  Myriam Le Gall

À partir du milieu du XIXesiècle, des milliers de Bretons, chassés par la misère et attirés par les « lumières de la ville », abandonnent leur campagne natale et partent tenter leur chance à Paris. Sans logement, sans emploi, sans même parler français pour beaucoup : l’expérience est souvent amère.

mission bretonneL’abbé Elie Gautier, originaire des Côtes-du-Nord, professeur de philosophie, s’en émeut au milieu du XXe siècle. Très au fait des difficultés que ces « exilés » rencontrent – il leur a d’ailleurs consacré une thèse – il créé un lieu pour les accueillir et les accompagner dans leurs démarches. Ainsi est née la Mission bretonne en 1947. Au-delà du rôle social évident de la structure, la dimension spirituelle, religieuse est aussi très présente. L’Abbé Gautier entend bien veiller sur ses ouailles et les garder dans le giron de l’Eglise.  Ainsi, lors des bals dominicaux organisés entre messes et séances de prières, mètre ruban autour du cou, il est particulièrement attentif à ce que les jeunes gens respectent scrupuleusement les distances bienséantes entre danseurs !

Le succès de cette Mission bretonne est immédiat. À tel point que dans les années 1960, l’abbé Gautier ne parvient plus à en assumer la charge seul. En 1966, l’abbé morbihannais François Le Quémener vient lui porter main forte, apportant dans son sillage un vent de modernité.  Peu à peu, les activités culturelles prennent le pas sur le spirituel et le religieux. En 1977, le Père Le Quémener installe la Mission bretonne au 22 rue Delambre, où elle est toujours, et en fait une Ti ar Vretoned, une Maison des Bretons.

Redécouvrir sa culture

Les adhérents sont désormais des migrants de 2e, 3e, voire 4e génération. Ils ne cherchent plus seulement à la Mission bretonne de l’aide pour trouver un emploi ou un logement mais ont « soif de redécouverte de leur culture », explique Françoise le Goaziou, fest diez mission bretonnevice-présidente. « Ils veulent apprendre la langue, les danses, … ».

Toute l’année la Mission organise des cours de langue, des cours de danses, de chant,  mais aussi de musique : harpe, violon, biniou, bombarde, accordéon diatonique… Des stages, animés par des spécialistes comme Cécile Korbel (harpe celtique) ou Jeannot Le Coz (danse) complètent régulièrement ces cours hebdomadaires.

En plus de tous ces cours, chaque mois, les bénévoles de la Mission Bretonne organise un fest-deiz, des cafés-histoire, des veillées chantées, contées… Autant de moments conviviaux et chaleureux où tous, bretons ou non, peuvent se retrouver et échanger.

Paris à l’heure bretonne

logo mission bretonne

Quelques temps forts marquent aussi l’année de la Mission bretonne. Notamment les fêtes de la Gouel Erwan, la Saint-Yves, qui voit désormais pour une semaine tout le 14e arrondissement vivre à l’heure bretonne. « Au début, on organisait la Fête de la Bretagne sur une journée. L’an dernier, on a décidé d’étaler le programme sur une semaine. C’était un peu un pari. Un pari gagné ! On a eu de belles surprises. Le lundi par exemple, plus de 70 personnes ont assisté à la projection d’un film sur Xavier Grall, en présence de sa fille. C’était un beau moment, une belle rencontre. De même, la visite guidée  a attiré une trentaine de personnes, malgré la pluie. Ça nous a encouragé à continuer. » De fait, le programme de l’édition 2013 de la Fête de la Bretagne est des plus fournis : contes, danses, conférences, soirées crêpes…

 « Un lieu où l’on se sent chez soi »

Large public pour la Gouel Erwan, plus de 600 adhérents … : la Mission bretonne fait toujours recette. La clé de ce succès ? Un accueil chaleureux et une grande ouverture. « Le 22 rue Delambre, c’est un lieu un peu magique. C’est un peu comme si, en y entrant, les gens abandonnent les pesanteurs de la vie parisienne. On s’y retrouve pour échanger, discuter, librement. On rencontre des gens de tous les horizons, Bretons, descendants de Bretons mais seulement des gens qu’on ne rencontrerait pas forcément ailleurs. C’était un leitmotiv de l’abbé Le Quémener. Il voulait que les gens se sentent bien à la Mission bretonne ». Mission accomplie.

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Auteur: anne-laure

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